La Libre Belgique vendredi 14 mai 2010
Reportage Gilles Milecan Photos Johanna de Tessières
Envoyés spéciaux en Haïti
Le travail, et l’absence de travail, occupent une place centrale dans les préoccupations des Haïtiens.
Extrait:
La fierté anime les stagiaires maçons de l’Atelier-école de Camp-Perrin. En quarante années de coopération sur l’île, Jean Sprumont en a créé 35 à travers le pays. L’expérience de ce « Belge du bout du monde » l’a amené à dresser certains constats sur le rapport des Haïtiens au travail : « La sortie de l’esclavage n’a pas été une mince affaire. Beaucoup liaient indissociablement l’esclavagisme et le travail agricole. Le travail de la terre était une affaire d’esclave et plus d’homme libre. » Une explication, sans doute, à l’exode continu vers Port-au-Prince, à la saturation d’une ville qui n’est pas conçue pour abriter tant d’habitants, à l’ampleur du désastre de janvier peut-être.
Le combat de Jean Sprumont, c’est celui de la responsabilisation. Il exige de ses élèves qu’ils pensent par eux-mêmes. Et les pousse sur des terrains où ils ne s’aventurent jamais. « Si nous sommes à l’image de Dieu, nous devons être créateurs, comme lui, leur dit-il. Si nous voulons plus de justice, nous devons créer cette justice. Alors pourquoi acceptez-vous que le gouvernement vous maltraite comme ça ? Pourquoi ? »
L’apprentissage et la création de petites entreprises autour des métiers du fer sont les objectifs principaux de l’AECP. La construction n’est pas oubliée. Depuis dix jours, quinze jeunes maçons s’y perfectionnent. « Maçon, c’est un peu un des métiers de ceux qui ne savent pas bien ce qu’ils vont faire », explique l’un d’eux. Venus, leur formateur, précise rapidement : « En Haïti, tu ne fais pas un métier parce que c’est celui que tu as envie de faire. Tu fais le métier qui se présente. » La salle de classe respire l’espoir. La conviction d’être bientôt utiles. Ils n’imaginaient pas que 10 jours suffiraient à leur donner des compétences que peu, même parmi ceux qui conduisent les chantiers, ceux qui construisent n’importe où et n’importe comment, possèdent. Dans deux jours, ils rejoindront la capitale et devront trouver les chantiers où mettre en pratique leurs acquis.
Article complet: http://www.lalibre.be/actu/international/article/581645/haiti-volcaniser-toute-la-semaine.html
