PVDD (1) ou « Pour un Vrai Développement Durable » et CODEART ont uni leurs compétences pour répondre à une demande de la Communauté chrétienne qui a reçu mandat de gérer l’Hôpital.
Kabinda, ville de 80 000 habitants, est un site enclavé dans la province du Kasaï Oriental. L’aéroport le plus proche, Mbuji-Mayi, est à 150 km de piste soit 3 à 8 jours pour les camions. L’approvisionnement est assuré depuis Kinshasa par des transports aériens puis des camions ou des 4×4 sur des pistes en mauvais état. Les anciennes routes sont détruites. Kabinda n’a plus de réseau de distribution d’eau ni d’électricité.
De l’électricité pour soigner la population à l’hôpital Saint Camille de Kabinda en RDC.
L’hôpital, de 215 lits, ne peut fonctionner sans électricité (échographies, radiographies, salle d’opérations etc…). Il doit fabriquer son électricité avec des groupes électrogènes à moteur diesel qui fonctionnent au gasoil. Le gasoil est vendu à 3 USD/litre. Dans de telles conditions le carburant devient le troisième poste du budget après le personnel et les médicaments ! Quand l’argent manque, ce qui est chronique, l’électricité manque, les soins manquent.
Le Docteur Richard Hardi, Directeur technique de l’hôpital, sait que les huiles végétales pourraient remplacer le gasoil mais il faut réunir plusieurs conditions techniques et de choix moral.
Il est important de souligner ici que CODEART et PVDD sont globalement contre l’emploi de produits alimentaires, par exemple l’huile de palme, comme carburant pour les automobiles. CODEART a d’ailleurs pris position sur ce sujet. Nous vous invitons à lire :
http://codeart.org/pdf/dossier/manger-ou-rouler-en-voiture-codeart-a-choisi.pdf
CODEART travaille depuis plusieurs années sur le thème de l’emploi d’huiles végétales comme combustibles dans les moteurs diesel. Nous nous intéressons particulièrement à l’huile de jatropha et l’huile de palme.
A la question qui nous est couramment posée : pouvez-vous nous fournir un moteur qui fonctionne à l’huile de jatropha ? Nous répondons que le problème n’est pas le moteur mais que c’est principalement au niveau de la qualité de l’huile qu’il faut être attentif.
L’huile présentera une faible teneur en acides gras libres, contiendra peu d’eau. Le taux de particules sera aussi très limité. La teneur en phosphore ne pourra pas excéder une teneur maximale. Ce sont les 4 paramètres les plus importants. Ces conditions sont les mêmes pour l’huile de palme.
Pour Kabinda, l’emploi d’huile de palme est la seule solution envisageable actuellement:
- Un produit local surabondant dans la région, environ 5 fois moins cher que le gasoil et des palmeraies sous-exploitées. On n’entame donc pas les quantités d’huile alimentaire.
- Un produit bien connu: la population locale dispose du savoir faire pour produire de l’huile clarifiée ;
- L’électricité : un besoin fondamental pour assurer les services de bases : soigner et opérer à l’hôpital.
- Des revenus pour les acteurs de la filière et une réduction des frais de carburant pour l’hôpital.
Jean-Baptiste Fondeur, jeune Volontaire expatrié 2 ans à Kabinda a fondé PVDD et établi les relations avec nos partenaires Kabindais. François Fondeur, ingénieur bénévole et Administrateur à PVDD, collabore avec notre association. Nous avons mis au point un kit de test de l’acidité afin de mesurer rapidement, sur le terrain et à moindres frais la teneur en acides gras libres. Ceci est la première clé technique : le contrôle de la qualité. Nous pouvons mesurer l’acidité en une minute !
La Communauté de Kabinda a mis au point le processus pour extraire une huile non acide et elle a réussi à en fabriquer jusqu’à 20 litres en une journée. L’étape suivante est donc enclenchée : pouvoir, chaque mois, régulièrement fabriquer 500 litres ou plus d’une huile de palme de qualité « carburant ». Pour cela il suffit maintenant d’augmenter la capacité de l’huilerie et la quantité de matière première. Ceci est la deuxième clé technique.
Du coté du groupe électrogène, nous avons collaboré pour l’adaptation d’un moteur diesel à l’usage de l’huile de palme. Le moteur idéal sera de type « injection indirecte », il tournera lentement (1.500 RPM), les pompes en ligne sont préférables. La pression d’injection sera aussi réglée entre 180 et 200 bar. Notre choix s’est porté sur un moteur KUBOTA fonctionnant au gasoil. Ceci est la troisième clé technique.
La quatrième clé technique a demandé plus d’efforts : à température ambiante l’huile de palme est épaisse comme une margarine et reste figée dans les tuyaux ! Nous avons donc adapté le moteur pour qu’il fonctionne au choix avec les deux carburants : le gasoil et l’huile de palme. Nous démarrons au gasoil (15 minutes), l’énergie produite commence à défiger l’huile de palme nécessaire pour prendre le relais. Ensuite, pour arrêter, le dernier quart d’heure fonctionne au gasoil pour rincer les tuyauteries. Le moteur a donc deux réservoirs et deux réseaux d’alimentation.
Le groupe électrogène de 24 kW est prêt pour le départ. Il a tourné près de 70 heures chez CODEART pour s’assurer de son bon fonctionnement.
L’huilerie locale augmentera sa production pour satisfaire à la consommation d’électricité de l’hôpital. Des équipements de traitements de l’huile et de contrôle de qualité seront également envoyés.
Nous vous invitons à regarder les photos et les films.
Les prochaines nouvelles dans 7 mois, parce que le voyage est long pour atteindre Kabinda!
Ce projet a été rendu possible grâce aux appuis conjugués de la DGCD [2] pour le financement des travaux de mise au point, La Fondation POWEO pour financer en partie les équipements, La Loterie Nationale pour le financement des équipements de préparation du carburant, PVDD par ses fonds propres, obtenus de ses donateurs privés, et par la collaboration des partenaires congolais de PVDD.
Roger Loozen.
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(1) PVDD – voir leur site internet : www.pvdd.asso.fr
(2) DGCD, Direction Générale de la Coopération au Développement en Belgique.
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